En 1951, le disc jockey Alan Freed anime une émission appelée Moondog's Rock And Roll Party. C'est la première diffusion du rock'n'roll à une large audience. C'est ce DJ radio qui trouve son nom au Rock'n'Roll en reprenant une expression que l'on retrouve depuis les années 1940 dans certaines chansons de rhythm and blues et qui signifie en argot « faire l'amour ». Alan Freed est le premier DJ blanc à soutenir avec force des artistes noirs jouant la « musique du diable ». La bonne société américaine en fera son « ennemi numéro 1 » et aura d'ailleurs sa peau en 1959.
Le terme rockabilly désigne la première forme historiquement identifiable de rock'n'roll, il s'agit essentiellement d'un croisement de rhythm and blues et de musique country. Elvis Presley et Bill Haley sont deux précurseurs chez les chanteurs blancs. Elvis Presley, surnommé The King (« Le Roi du Rock and Roll »), enregistre ce qui est probablement l'un des tout premiers morceaux de rockabilly avec That's Alright Mama et collectionnera très rapidement les succès, mais c'est Bill Haley and The Comets qui signent officiellement l'acte de naissance du rock'n'roll pour de nombreux historiens avec le titre Rock Around the Clock (une reprise de Sonny Dae and His Knights, 1952). Ce premier tube de l'histoire du « rock » qui figure au générique du film Graine de violence est N°1 des hit-parades aux USA (8 semaines) et au Royaume-Uni (3 semaines) en 1955. Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochran et autres Gene Vincent s'engouffrent dans la brèche. Les musiciens noirs restent très actifs avec Chuck Berry tout particulièrement. N'oublions pas Little Richard, qui sur son premier 45 tours, signe quatre des plus grands standards de rock, à savoir : Tutti Frutti, Long Tall Sally, Rip It Up et Ready Teddy.
Le rock'n'roll provoque un mouvement de rejet de la bonne société américaine qui croit avoir triomphé de ce mouvement en 1959. On annonce alors la mort du rock et il est vrai qu'aux États-Unis, le mouvement semble s'essouffler. Les chanteurs sont désormais très consensuels et Elvis est institutionnalisé, cantonné aux ballades. Le rock'n'roll continue cependant de se développer sous des formes plus locales et confidentielles comme la surf music de la côte ouest ou le rock garage au nord.
Vers la fin des années 1950, et le début des années 1960, on entend de plus en plus de titres de rock'n'roll plus « sages », plus « doux » et qui vont engendrer la musique pop : The Everly Brothers - All I Have To Do Is Dream (1958), le rock'n'roll Beat de the Weaver Temptations- Ouh ! Ah ! Temptations ! (1959), Johnny Burnette (en)- Dreamin' et You're Sixteen (composée par les Frères Sherman) (1960) Del Shannon (en) - Runaway ((en)) (1961), Brian Hyland (en) - Sealed With A Kiss (1962), Lee Dorsey (en) - Ya ya (1962), etc.
Le « pur » rock'n'roll/rockabilly tend à disparaître, hormis quelques rares titres comme Roy Orbison - (Oh !) Pretty Woman (1964) et Sam the Sham & the Pharaohs - Wooly Bully (1965)...
Émerge alors ce qu'on appelle plus rock'n'roll mais tout simplement « rock » : The Kingsmen - Louie Louie (1963), The Kinks - All Day And All Of The Night (1964, Royaume-Uni) , Them - Baby Please Don't Go (1965), Gloria (1965) , Canned Heat - On The Road Again , The Troggs - Wild Thing , Jefferson Airplane - Somebody To Love (1967) , etc.
Si les années 1950 proposaient une scène commune pour artistes noirs et blancs, les années 1960 mettent fin à cette mixité. La scène rock britannique est logiquement blanche, tandis que les noirs américains adaptent à leur sauce la redécouverte britannique de l'importance de la mélodie. S'appuyant sur les anciennes structures ségrégationnistes, ils mettent au monde une branche importante de l'arbre généalogique du rock englobant ce qu'il convient de qualifier de « dance music », du funk au rap en passant par la pop de la Tamla des années 1960. Conséquence de ce cloisonnement, les rockers noirs sont rares dans l'autre grande famille du rock post-Beatles. Citons toutefois Jimi Hendrix, guitariste de génie, qui électrifie son blues et ouvre au rock (blanc) d'autres univers.